Dalai Lama réflexion sur le pélerinage

Le Dalaï Lama nous livre ici une réflexion profonde sur la valeur du pèlerinage, pratique essentielle dans toutes les religions à travers le monde, pratique personnelle nous reliant au sacré et au divin. Il nous apporte une ouverture portée par la bienveillance qu’il cultive et essaime envers tous les êtres. Il nous enseigne de sa vision transversale des religions les valeurs de respect et de partage, et nous montre que ce qui importe est l’engagement personnel et l’énergie qui se dégage des lieux sacrés.

« Les pèlerinages sont partie prenante de la plupart des religions. Chaque être vivant s’engage dans cette loyale entreprise dans l’espoir de trouver la vertu et acquérir des mérites.

Parmi les bouddhistes, il est répandu de visiter les lieux dans lesquels un maître spirituel a un jour médité. Sa présence passée rend le lieu béni, chargé, dans une sorte d’électricité qui l’enveloppe désormais. Les pèlerins se rendent sur ces lieux pour ressentir ces mystérieuses vibrations. Ils essayent ainsi de partager les visions du maître. Le long du chemin, ils s’engagent dans l’épreuve de n’attendre aucune récompense matérielle. Chacun de leurs pas, chacun de leurs mouvements est comblé par un sentiment d’évolution spirituelle.

En tant que bouddhistes, nous pensons que le mérite s’accumule en prenant part à une activité qui porte une dimension religieuse ; la discipline et la foi permettent ainsi de développer une attitude juste. En adoptant un comportement bienveillant, toute visite de lieu sacré devient pèlerinage.

Dans notre tradition, le Bouddha prédit que dans les temps à venir, les personnes intéressés par ses enseignements seraient instruites sur les lieux associés aux événements principaux de sa vie. Son but n’était pas d’assurer la reconnaissance de sa personne en tant que Bouddha, mais plutôt de favoriser le bien être de ses disciples.

Nous sommes convaincus qu’exprimer le respect et l’admiration envers les qualités de Bouddha – en faisant des offrandes ou en entreprenant un pèlerinage – contribue à notre propre avancement spirituel.

Le nomadisme poignant de la culture tibétaine se prête à la rigueur du pèlerinage.

Notre terre elle-même est une source d’inspiration spirituelle, pas seulement par la profusion de ses temples et monastères, mais parce que l’on considère les caractéristiques physiques même de notre terre comme sacrées.

Le Mont Kailash dans l’ouest du Tibet est particulièrement réputé pour cela. Les bouddhistes le vénèrent comme l’emplacement sacré de la déité de méditation Chakrasamvara.

Pour les hindous, il est la demeure des déités Shiva et Parvati. Les jaïns et les sikhs l’associent à leurs propres représentations. Même pour ceux qui n’ont pas de croyance particulière, la forme et la couleur de la montagne en font un symbole naturel de pureté.

Pour les tibétains, l’Inde est aussi une terre sacrée. Elle est le lieu de naissance du fondateur de la culture bouddhiste et la source de la sagesse amenée dans nos montagnes des centaines d’années auparavant par des saints et prophètes indiens.

Ma première opportunité de montrer mon respect envers l’Inde fut en 1956, lorsque je fus invité à assister aux célébrations de l’anniversaire des 2500 ans de la naissance de Bouddha. J’étais ravi ; j’allais avoir la chance de visiter Bodhgaya, lieu que, comme chaque bouddhiste, j’associe à la plus haute réalisation du chemin spirituel, l’accomplissement par Bouddha de l’état parfait d’éveil.

Quand je me trouvais enfin en ce lieu d’illumination, j’étais profondément ému. En regard du grand accomplissement du Bouddha Shakyamuni en ce lieu, je ne pouvais manquer de me rappeler de son irrésistible bonté envers tous les êtres vivants. Il n’a pas seulement atteint la perfection pour lui-même, il a révélé que chacun de nous possède le potentiel d’en faire autant.

Je croyais alors, et j’en suis encore convaincu, que les enseignements de Bouddha permettent de mener, non seulement les individus vers la paix intérieure, mais également vers la paix entre les différentes nations.

À Bodhgaya, comme sur d’autres lieux bouddhistes, j’étais empli d’admiration pour les chef-d’oeuvres de l’art religieux indiens, expressions du génie créatif et de la foi profonde. Je me rappelais que le sectarisme et les conflits communautaires avaient blessé dans le passé ce remarquable héritage. Cependant, l’esprit inhérent de tolérance et de liberté religieuse propre à l’Inde a toujours restauré la paix et la tranquillité.

Fondamentalement, toutes les religions nous enseignent la maîtrise et la transformation de soi afin d’atteindre la paix intérieure et la bonté du cœur.

Encore aujourd’hui, en différents endroits du monde, on constate des tensions conflictuelles attisées au nom de la religion. Des gens prennent les armes sous couvert de religion seulement parce qu’ils ont l’esprit trop fermé pour saisir le sens réel de leur foi respective.

Je suis profondément convaincu que nous pouvons prendre des mesures afin d’éduquer les individus à cultiver la bonté et permettre l’harmonie parmi les religions, dans le but de promouvoir la paix et la sécurité.

Une mesure efficace afin d’y parvenir est celle d’encourager les échanges entre les différentes croyances, par exemple en invitant chacun à visiter les lieux de pèlerinage d’autrui ; en partageant une prière lorsque cela est possible, ou en s’asseyant ensemble en méditation silencieuse. De tels pèlerinages sont porteurs d’une grande valeur et constituent une profonde expérience.

C’est dans cet esprit-là qu’en 1993 je me suis rendu à Jérusalem, lieu sacré de trois des plus grandes religions du monde. Je suis allé devant le Mur des Lamentations avec des amis juifs ; j’ai visité des lieux chrétiens et ai prié avec eux ; j’ai visité le Rocher de la Fondation, lieu saint de nos amis musulmans avec qui j’ai prié. J’ai aussi parcouru des sanctuaires hindous, jaïns et sikhs, et des lieux sacrés pour les Zoroastriens, en Inde et à l’étranger. Parfois nous avons prié ensemble, d’autres fois nous avons médité en silence.

Plus récemment, j’ai rejoint des leaders chrétiens et bouddhistes à un pèlerinage alliant prière, méditation et discussions à Bodhgaya. Chaque matin, sous l’arbre de la Bodhi, nous nous sommes assis ensemble pour méditer. Depuis que le Bouddha est apparu il y a plus de 2500 ans et que Jésus Christ a vécu il y a presque 2000 ans sur Terre, je pense que ce fut la première fois qu’une telle rencontre a eu lieu. »
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